“Hiroshima, mon amour…” – drame collectif et personnel

N.B. This post is in French ONLY, as I haven’t had time to translate it into English.

motto:“Nous ne pouvons pas ressentir le drame d’Hiroshima de l’intérieur…”(Marguerite Duras)

Ce poste est dédié à la mémoire d’Alain Resnais qui vient de décéder, RIP – le metteur-en-scène du célèbre film “Hiroshima, mon amour” d’après le scénario de Marguerite Duras… j’ai eu l’honneur et l’émotion de visiter Hiroshima, de rencontrer des survivants de ce drame national qui m’a bouleversée, impressionnée et marquée nettement plus que la visite de Pearl Harbor, Hawaii… j’ai revisionné le film d’Alain Resnais après la visite de Hiroshima, peut-être par “masochisme primaire”(?!), car je voulais comprendre la relation entre les 2 amoureux joués par Emmanuelle Riva et Eiji Okada… et j’ai redécouvert une perle rare, richement et minutieusement sculptée, polie, on saisit facilement la collaboration fructueuse entre l’auteur et le cinéaste dans une parfaite osmose. Les acteurs sont brillants, lumineux,  surprenants, malgré l’action statique et inerte qui intensifie la violence des sentiments.

Le mélange entre la fiction et le documentaire historique est remarquable – de l’art pur, concret, palpable. Alain Resnais a déclaré que «tout le film est basé sur des contradictions: celle de l’oubli indispensable, terrible du destin unique et commun, de la guerre qui détruit, sépare et unit les gens, des personnages qui se trouvent dans une relation lyrique avec des gestes qui essaient de garder la vérité du cœur.» Marguerite Duras suggère que «parfois, il faut éviter de penser à toutes ces difficultés et cruautés du monde actuel… autrement, l’oxygène nous deviendrait irrespirable! Nous croyons que si quelque chose se termine à un moment donné, autre chose va redémarrer immédiatement… mais ce n’est pas vrai, car entre «quelque chose» et «autre chose», il y a toujours du désordre, des problèmes, du chaos.” – oui, je trouve que c’est magnifiquement vrai…

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Motto:”tu me tues, mais tu me fais du bien…”(Marguerite Duras)

Marguerite Duras a écrit cette histoire vers la fin des années ’50, dans le but d’en faire un film sur la paix. Le sujet semble banal: une actrice française se trouve au Japon temporairement, mais avant de rentrer en France, elle fait la connaissance d’un japonais avec qui elle entretient une courte et éphémère relation viscérale dans cette ville désespérée qui garde toujours les séquelles de la tragédie d’août ’45… entre les deux amants il y a une certaine “disparité” qui s’installe dès le début, une inégalité, un contraste: elle semble détachée, distante vis-à-vis de leur relation, alors que lui, il y est très impliqué – corps et âme. Il devine la cause de son détachement et de sa “froideur”: une blessure, une plaie ouverte, pas encore cicatrisée et il essaye d’en savoir davantage, quelques détails afin de (la) comprendre…

il lui pose des questions directes, sa mémoire et ses souvenirs lui reviennent lentement, comme des morceaux cassés d’un puzzle inachevé, suspendu dans le temps… elle se rappelle d’une vieille relation d’amour pendant la guerre qu’elle essaie d’oublier, mais sa douleur spirituelle est toujours présente. L’auteur tente de comparer la tragédie vécue par les Japonais à Hiroshima avec le drame  personnel de l’actrice, même si son approche est incomparable et n’a rien en commun avec le traumatisme marquant et la douleur incommensurable provoqués par la tragédie nucléaire – on voit que le deuil est encore présent… Sa liaison amoureuse en temps de guerre est à l’opposé de l’énorme explosion atomique d’Hiroshima, de la tragédie de tout un peuple. Les dialogues des deux amants sont courts, parfois brutaux, avec des allusions et des suggestions – typiques à Duras qui pratique souvent un style extrême du “non-dit” – si juste, fort, profond, bouleversant, perplexe:

– Tu n’as rien vu à Hiroshima, rien!
– Mais si, j’ai tout vu… y compris l’hôpital, j’en suis sure. Il y a un hôpital à Hiroshima. Comment l’éviter, comment ne pas le voir?
– Non, tu n’as rien vu à Hiroshima…
– Je n’ai rien inventé!
– mais si – tu as tout inventé!
– je n’ai rien inventé… comme en amour, il y a une illusion, celle de ne jamais rien oublier… J’ai en eu la même devant Hiroshima, je n’oublierai jamais rien, comme en amour…
* * *
http://www.youtube.com/watch?v=zjGdLZNAdRc

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About Mél@nie

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Posted on 3 March 2014, in melanie. Bookmark the permalink. 46 Comments.

  1. I hope the world will never forget!

  2. Maravillosa entrada! Hiroshima Mon amour fue la primera película de Resnais que vi y tenia en ese entonces 18 años, puedo decirte que me impactó como indicas la sutileza con la que pasa de lo documental a la ficción y esa fotografía enblanco y negro, de algun modo no imagino ese film en colores. Resnais es uno de mis directores favoritos de la vida, Saludos y dejame decirte que tu Blog es brillante!!!

    • hola y mil gracias por tu comentario generoso que fue directamente a mi corazón… ❤ mis mejores deseos y buen fin de semana! pensamientos de amistad y hasta proxima! 🙂

  3. Wonderful piece ❤ that must have been an amazing experience, to visit and talk to those who survived. It's always so interesting and different to get the perspective of the country itself. We get such a western look into things that it's almost fiction in a way. When I went to Vietnam in April it was an eye opener to see the war from their perspective. Thank you for sharing! 🙂

  4. … tout n’est jamais pareil comme avant… différent, en effet et avec bien des deuils à faire…

  5. Vous êtes une femme très compatissante.

    • mille merci, Koji-san! Watashi wa mata, 2012-nen ni Nagasaki ni itta koto ga aru… Watashi wa Nihon ni 4-kai okonatta koto, watashi wa yoku sore o nogasu to, seitoshi e no sore o aisuru… Watashi mo sakunen, watashitachi o hōmon shi, Furansu o aishita hito, Kyūshū kara no watashitachi no yūjin o nogasu… Watashi wa Kyōto ni sumu koto ga dekiru… 🙂
      https://myvirtualplayground.wordpress.com/2014/02/13/kyoto-mon-amour/
      * * *
      Kenkō to keii ni kanshite no watashi no saikō no negai… domo arigato & sugu ni o ai shimashou! 🙂

  6. “L’année dernière à Marienbad” reste toujours le chef d’œuvre de Resnais… Je l’ai regardé mille fois…

    • ah, la superbe Delphine Seyrig, RIP, plecata-n neant prea devreme, iar Giorgio Albertazzi are aprox 91 ani… “o tempora, o mores!”

      • Am fost si eu la Hiroshima si nu am vazut nimic… Am fost si la Schloss Nymphenburg sau la Marienbad, sau la Karlsbad?

        • “on ne voit bien qu’avec le cœur… l’essentiel est invisible pour les yeux…”(Tonio aka St-Exupéry) ah, Karlsbad mi-a ramas pe retina sufletului – din motive “autohtone”… 🙂

  7. Oh how I wish I were bilingual.

    • I did mention at the beginning that I didn’t have time to translate my text into English, but if you’re really interested to read it, Mr & Mrs Google translator are quite generous and helpful… 🙂

  8. Japonezii sunt poporul ce au aratat lumii intregi ce inseamna disciplina, ordinea si strictetea… ii admir!

  9. Beautiful post, Melanie!

  10. “Entre «quelque chose» et «autre chose», il y a toujours du désordre, des problèmes, du chaos.” – magnifiquement vrai…” Je ne pourrais dire mieux Mélanie, si ce n’est que parfois l’entre-deux se résume également à un vide nécessaire…

  11. Superbe article. indeed superb… J’adore Duras, sa concision, sa façon de créer des personnage, de les mettre en scène, d’imaginer des univers… J’ai vu deux ou trois fois “Hiroshima mon amour”. Je me suis senti impliqué. Elle parlait d’émotions que j’ai ressenties. Ce qui m’intrigue le plus, c’est que tu cites exactement les mots qui m’ont frappé, dont je me sentirai toujours possesseur:”Tu n’as rien vu, mon Amour, à Hiroshima!”, dit Eiji Okada à Emmanuelle Riva… C’est repousser l’idée d’un amour impossible, autant qu’une conjuration du malheur… Nous sommes tous des vaisseaux à la mer, séparés par une énorme houle que nous ne pouvons vaincre pour nous rapprocher… Nous ne pouvons que nous adresser des signaux lumineux… Tu n’as rien vu, Mais me reçois-tu, au moins… Je t’accompagne…

    A+ Mélanie… Je te souhaite une mer sereine… Captain Hervé… P.S. Si mon médecin me donne son accord, nous comptons aller visiter la maison de Marguerite Duras à Sadec, en faisant une croisière sur le Mékong… To follow…

    • mille merci, Hervé! J’espère que tu pourras te rendre au Vietnam asap… btw, un couple d’amis y sont depuis 3 jours, pour la 2e fois en 5 ans… stay healthy and optimistic, young man! à+! 🙂

  12. Marguerite Duras, how much I love her. I read her books and watched the films based on her novels. Thank you, dear Mélanie! love, Nia

  13. Un très beau partage ma chère Mélanie, comme toujours d’ailleurs! Un moment de l’histoire que tout le monde voudrait oublier, mais qui a bel et bien eu lieu. Ce film historique me semble vraiment intéressant. Et tes photos sont magnifiques, elles relatent bien ce que tu as vu et ce que tu as ressenti. Merci mon amie, gros bisous et bon mardi! 🙂

    • merci bcp, Gigi! J’ai visité Nagasaki, aussi, mais Hiroshima (te) prend aux tripes, c’est émouvant, douloureux, marquant… je te suggère de regarder le film-culte d’Alain Resnais, meanwhile: bonne-nuit dans ta belle province et à+! 🙂

    • avec plaisir et amicalement, Gigi… merci bcp pour ta visite et un mardi ensoleillé – dehors et dans le cœur…<3

  14. Thanks so much, Melanie! The bomb is something that mankind should avoid at any circumstance. Great job! Take care. 🙂

  15. wishing nothing but peace through out the world, thank you Mélanie for your nice post on my WP… have a lovely night!

  16. I haven’t been to Hiroshima… but I’ve been to Nagasaki. Terrible what happen… I hope the world will remember and won’t use unclear weapons again.

    • Hi Viveka, I’ve been to both, but Hiroshima has impressed me more than Nagasaki… I met a few survivors who were kids in 1945 and who has lost all the members of their families… sad and emotional, but they all were dignified people.

      • I love Nagasaki as town – so pretty… but the big memorial wasn’t built when I was there in 1978. Terrrible thing – and as I said, I hope the world has learned since then. Intresting to have met survivors.

  17. Dureros, nedrept, inuman, monstruos atacul de la Hiroşima, impresionant punctat de tine . Ai un mod de a scrie care face să trănsmită vibraţiile stării tale de spirit în momentul în care scrii. Nu am văzut filmul, dar pare a fi un film deosebit. Il voi căuta pe net. Este imposibil să nu îl găsesc…

    • Multumesc, Aurora! am vizitat si Nagasaki, insa Hiroshima m-a impresionat si emotionat pan’ la lacrimi… Takako, ghida locala – francofona si francofila avea 70 ani, parintii decedasera de leucemie la cateva luni dupa explozia “ciupercii” nucleare… “Hiroshima, mon amour” e un film-cult, l-am vizionat pe vremuri, in Romania… sigur il vei gasi pe net.

  18. Didn’t understand a thing you said, but i love the pictures! *(purrs)*

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